mardi 6 janvier 2026

"Maupassant" par Frédéric Martinez

Je fus dans un premier temps décontenancé par le style de l'auteur : ampoulé, abusant de métaphores, très inattendu pour une biographie. Mais on s'y fait presque. Et puis on est séduit par la qualité du travail de recherche qui a été effectué, des centaines de références documentées étayent la retranscription très détaillée de la vie du maître de la nouvelle, parfois jour par jour.

On retrouve un Maupassant bravache, coureur (en fait complètement obsédé par le sexe et incapable d'aimer, à l'image de son héros Bel-Ami) et tiraillé de toutes parts (sa condition d'employé ministériel avant de devenir journaliste/romancier à succès, son besoin de nature et son addiction aux plaisirs parisiens et bien sûr sa maladie qui le ronge et le fait basculer peu à peu dans la démence). Tout ceci, on le savait plus ou moins, même si bien sûr la profondeur de l'ouvrage permet de donner du contexte et du corps à tous ces éléments.

Ce que j'étais particulièrement venu chercher, c'est la réponse à une interrogation que je me suis toujours posée : comment peut-on considérer Maupassant, pour les écrits duquel j'ai toujours eu un profonde admiration, comme le disciple de Flaubert dont je n'ai jamais réussi à terminer un seul roman ? Bon, j'exagère un peu. Évidemment que l'Éducation Sentimentale et Madame Bovary se lisent, mais je n'ai vraiment pas été séduit. Quant à Bouvard et Pécuchet sur lequel il a travaillé des années, c'est tellement indigeste et sans intérêt que je pense toujours qu'il s'agit d'une blague.

Et l'ouvrage de Frédéric Martinez a apporté ma réponse. Flaubert n'est pas vraiment un père spirituel ou stylistique pour Maupassant, c'est avant tout un père adoptif. Plus ou moins fâché avec son père biologique, il s'est fait parrainé par cet ami de sa mère qui voyait en lui le frère disparu de cette dernière qui était son meilleur compagnon. Et je pense que Maupassant, par loyauté inconsciente, a pensé respecter les enseignements littéraires de Flaubert là où il traçait une voie nouvelle largement supérieure à celle de son "maître".

Quant à la parenté avec Zola, elle est clairement due à des raccourcis critique littérairo-journalistiques induits par une vision manichéenne du conflit Romantiques contre Non-Romantiques qui a fait pendant un temps mettre dans le même sac Naturalistes et Réalistes. En fait, leurs littératures n'ont pas grand-chose à voir et il est assez clair que Maupassant lui-même en était conscient et était loin d'être aussi admiratif de Zola que de Flaubert.

Bref, un très bon ouvrage dont on dévore les presque 400 pages en trois séances de lecture avec le sentiment de mieux connaître celui qui reste plus que jamais notre écrivain préféré.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire