Voici la suite de notre passionnante enquête sur l'origine supposément moissoteyse du fromage fondu le plus célèbre du monde.
C'est comme promis dans la salle de lecture des Archives départementales du Jura que nous nous retrouvons à la recherche d'une éventuelle trace laissée par Léon Bel à Moissey.
Et c'est sans difficulté que nous est offerte l'opportunité d'éplucher consciencieusement le si convoité registre 4E17669 renfermant tous les actes dressés par Maître Besson, notaire à Moissey sur la période qui nous intéresse.
En revanche, et la concordance est de nouveau frappante avec le récit des descendants, on constate comme prévu l'arrivée de Firmin Béjean dans la vie locale à partir de 1905.
Ainsi, le 2 septembre 1905, il est cité lors de l'inventaire Lefranc à Montmirey-la-Ville.
Un coup d’œil dans le répertoire et une petite fiche cartonnée plus tard, on peut consulter ledit inventaire et, en début d'acte, là où Me Besson liste toutes les parties présentes, on trouve tous les détails concernant notre ami Firmin Béjean. Et on se rend compte qu'on a eu de la chance : le Béjean nommé dans le registre est sans doute son frère Aimé...
Où, grâce à M. BÉJEAN Aimé François Firmin Eugène, fromager demeurant à Montmirey et actuellement à Moissey, tuteur d'une fille mineure du défunt LEFRANC Jean Baptiste Eugène, on retrouve M. BÉJEAN Firmin, fromager, demeurant à Moissey avec son épouse LEFRANC Marguerite, fille du défunt. Huit mois plus tard, nouveau passage chez le notaire, à l'occasion de l'acquisition d'un champ à Frasne :

9 mai 1906 : Vente par Obernassier Nicolas et Marie Dody Besançon à Béjean Firmin, Moissey, d'un pré sur Frasne de 43 ares moyennant 400 francs comptant
Après ces déconvenues dans notre Bel-recherche, un grand espoir naquit à la découverte qu'un registre des "Mouvements de Population" était dressé annuellement durant la période qui nous intéresse sur la commune de Moissey ! Si un quelconque Bel était arrivé ou parti, il ne passerait pas entre les mailles du filet administratif.

Notre dernier espoir
Quelle ne fut pas notre déception lorsque nous nous rendîmes compte que ce registre portait bien mal son nom : pas de déménagement dans ce listing, juste un résumé des mouvements d'état-civil de l'année...
L'étude des registres de recensements se trouvant dans le même carton nous permit tout de même de faire une découverte intéressante : la présence d'un autre laitier à cette même période, qui permet d'étayer l'histoire locale voulant que Firmin Béjean, peu assidu à la messe du dimanche, se serait vu savonner la planche par le curé qui poussait ses ouailles propriétaires de génisses à porter le fruit de leur traite à son concurrent, qu'on a donc peut-être retrouvé à cette occasion.

La petite famille de Camille VINCENT, laitier/fromager de son état, ayant probablement quitté Pont-de-Poitte pour Moissey entre 1898 et 1900 si on en croit les dates de naissance des enfants.
S'il reste une dernière zone d'ombre (et donc un mince espoir) concernant l'utilisation de la maison au centre de notre affaire qui n'apparaît dans aucun acte avant sa vente en 1906 [son propriétaire, Joseph POINSOT, médecin à Moissey, décède en 1875 et sa veuve RYARD Marie Henriette Joséphine meurt le 23 avril 1893 - Qu'est devenue la maison jusqu'à sa vente à Firmin BÉJEAN en 1906 ? A-t-elle pu être louée à un fromager comme BEL (sans qu'un bail soit déposé à Moissey) puis rachetée par BÉJEAN en 1906, date à laquelle est réapparaît dans les registres ?], en l'état actuel de nos recherches, il faut se résoudre à conclure qu'il y a peu de chances que la Vache qui rit ait réellement vu le jour à Moissey.



