vendredi 24 juillet 2015

Témoigner en tant qu'expert au tribunal

Ce petit article est plus un pense-bête qu'autre chose, concernant les différentes catégories pour lesquelles il serait envisageable de réaliser un des objectifs d'une vie bien remplie : devenir expert au tribunal.

Dans la famille, nous pourrions je pense concourir pour une des catégories suivantes :
A07 Élevage - apiculture
A11 Pêche, chasse, faune sauvage
B03-13 Numismatique et médailles
D03-02 Marchés financiers et produits dérivés
D03-03 Opération de banque et crédit
D03-04 Opérations d'assurance et gestion des risques
D03-05 Opérations financières internationales

Je crains que les deux premières ne se matérialisent pas, étant donné qu'après en avoir discuté avec papa, il ne semble pas du tout intéressé...

Quant à moi, j'ai raté la deadline cette année, mais je pense que si ça me tient vraiment à coeur, je le ferais l'année prochaine, au moins pour une ou deux catégories dans lesquelles je suis sûr d'être compétent... Ce serait tout de même trop cool d'être appelé à la barre d'un tribunal en tant qu'expert pour aider à la compréhension d'une affaire, non ?




Et comme il s'agit vraiment d'un pense-bête, des infos pertinentes et pratiques glannées sur la toile :

I - PROCEDURE D'INSCRIPTION SUR LES LISTES D'EXPERTS DES COURS D’APPEL

Pour porter le titre d'expert de justice il faut être inscrit sur une liste dressée par la Cour d'appel du lieu où l'on peut exercer ses missions.

Il n'est pas possible d'être inscrit simultanément auprès de plusieurs Cours d'appel.

Pour présenter sa candidature, il faut demander un dossier d'inscription au Procureur de la République dans le ressort duquel se situe sa résidence ou son activité professionnelle. En pratique, il faut s'adresser au Parquet, service des experts.

La procédure d'inscription est soigneusement définie par les textes, et en particulier aux articles 6 et suivants du décret du 31 décembre 1974.

Le dossier doit être remis au plus tard le 1er mars pour les inscriptions à valoir l'année suivante. Compte tenu des diverses pièces qui doivent accompagner ce dossier, il est conseillé de s'en préoccuper suffisamment tôt.

Pièces généralement demandées

Les pièces à fournir varient suivant les Cours d'appel. Les documents suivants peuvent être demandés :

  • Demande d'inscription (imprimé remis par le Parquet). Cette demande reprend en général les différentes rubriques mentionnées dans le décret précité, à savoir :
1 - Indication de la ou des spécialités dans lesquelles l'inscription est demandée,
2 - Indication des titres ou diplômes du demandeur, de ses travaux scientifiques, techniques et professionnels, des différentes fonctions qu'il a remplies et de la nature de toutes les activités professionnelles qu'il exerce avec, le cas échéant, l'indication du nom et de l'adresse de ses employeurs,
3 - Justification de la qualification du demandeur dans sa spécialité,
4 - Le cas échéant, indication de moyens et des installations dont le candidat peut disposer.
  • Extrait d'acte de naissance ou fiche familiale d'état-civil
  • Photographie(s) d'identité
  • Copie des titres et diplômes (avec, parfois, demande de certification conforme)
  • Etat signalétique des services militaires

Par ailleurs, certaines Cours d'appel demandent:
  • un Imprimé de demande de Bulletin numéro un du casier judiciaire (Imprimé fourni par le Parquet. La demande sera effectuée directement par ses soins),
  • un Curriculum vitæ et toutes justifications de qualification, parfois de notoriété, dans la spécialité demandée,
  • la liste des expertises déjà effectuées,
  • un engagement sur l'honneur. Cet engagement est celui de ne pas faire l'objet de l'un des cas empêchant l'inscription.

Enfin certaines juridictions font parfois passer un entretien individuel.

Cas rendant impossible l'inscription

  • condamnation pénale pour agissements contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes moeurs,
  • sanctions disciplinaires ou administratives, destitution, radiation, révocation, retrait d'agrément,
  • faillite personnelle ou sanction prévue au titre IV de la loi du 25 janvier 1985,
  • exercice d'une activité incompatible avec l'indépendance nécessaire à l'exercice des missions,
  • inscription sur une la liste d'une autre Cour d'appel.

Cheminement du dossier

Le dossier de candidature va ensuite suivre un assez long cheminement, passant par trois étapes : une instruction qui s'étend de mars à mai, un examen par les juridictions du premier degré qui court de juin à octobre, et enfin la décision de la Cour d'appel, qui est prise vers la mi-novembre.

La Cour d'appel se prononce au vu de l'avis des assemblées générales du Tribunal de grande instance, du ou des Tribunaux de commerce, du ou des Conseil de prud'homme du ressort.

Parfois, les magistrats sollicitent l'avis de la compagnie d'expert (pluridisciplinaire) près la Cour d'appel ou celui d'une compagnie nationale (monodisciplinaire). La Cour n'est cependant nullement contrainte de suivre cet avis, d'ailleurs non prévu par les textes. Mais la pratique montre que cet avis était écouté avec soin par les magistrats.

La notification du résultat est faite au candidat en fin d'année. Elle n'est pas motivée.

Quels sont les critères de choix des magistrats ?

En l'absence de motivation des décisions, il est bien difficile de répondre. Au vu des pièces demandées, on peut toutefois estimer que les magistrats examinent la compétence, l'expérience, la notoriété, la disponibilité, l'indépendance et les moyens de remplir les missions que présentent les candidats. Notons cependant que l'inscription n'est pas un diplôme supplémentaire, mais une charge, parfois lourde, voire dangereuse dans certaines expertises en matière criminelle. Les candidats ne doivent pas être déçus de ne pas être inscrits dès leur première demande.

Enfin le nombre d'experts retenus tient à des facteurs indépendant des candidats, comme l'évolution du nombre d'expertises, le nombre d'experts dans une discipline, les orientations générales de la Chancellerie ou encore à d'autres facteurs relatifs à l'institution judiciaire. 

Un conseil : après un refus, ne pas hésiter à représenter sa candidature l'année suivante, surtout si l'on peut faire valoir des éléments nouveaux.

L'honorariat

L'admission sur la liste des experts honoraires n'est pas automatique. Les conditions fixées par l'article 33 du décret du 23 décembre 2004 sont les suivantes :

  • avoir 65 ans;
  • avoir figuré pendant quinze ans sur une liste de cour d'appel ou pendant dix ans sur la liste nationale.

II - PROCÉDURE D'INSCRIPTION SUR LES TABLEAUX DES EXPERTS PRÉS LES TRIBUNAUX ADMINISTRATIFS ET LES COURS ADMINISTRATIVES D'APPEL


La  procédure  d’inscription sur les tableaux des experts près les tribunaux administratifs et les Cours  Administratives d’Appel, se réfère aux textes suivants du code de justice administrative :

Art R.122-25-1: « Il peut être établi, chaque année, pour l’information des juges, un tableau national des experts près le Conseil d’État dressé par président de la section du contentieux, après consultation des présidents de cour administrative d’appel »
Art R.222-5: « Chaque année, le président procède, s’il y a lieu, à l’établissement du tableau des experts près la juridiction qu’il préside »

Ainsi le code de justice administrative donne la possibilité au président de la section du contentieux du Conseil d’État, de même qu’à chaque président de tribunal administratif ou de cour administrative d’appel, la possibilité de dresser un tableau annuel des experts auprès de sa juridiction.

Pour prendre le cas de l’Ile de France, les candidatures sont à adresser à l’un des deux Présidents de Cour Administrative d’Appel (Paris ou Versailles). Après instruction, les dossiers de candidatures sont examinés par une Commission semestrielle co-présidée par les deux Présidents de Cour qui prennent la décision de retenir ou non le candidat. Ils adressent ensuite un courrier à chaque candidat pour l’informer de leur décision.
À ce jour,  les Présidents des Cours Administratives d’Appel de Paris et de Versailles ont décidé depuis l’année 2004 de disposer d’une liste commune d’experts.

                                                                                                      Source : www.cnejita.org
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samedi 18 juillet 2015

Contrôler ses rêves : la première étape

La première étape pour contrôler ses rêves est de parvenir à prendre conscience qu'on est en train de rêver et de faire en sorte que ça n'interrompe pas le cours du rêve.

Cela nous est sans doute tous déjà arrivé de manière involontaire, mais le but est évidemment de parvenir à le faire de plus en plus souvent et consciemment.

Et l'étape préliminaire à cette prise de conscience généralisée, c'est de parvenir à se souvenir de ses rêves. Pour cela, rien de mieux que de les écrire au réveil. C'est ce que je me propose de faire dans cet article... Bon, comme c'est tout de même assez intime et qu'il y a tout un contexte que je n'ai pas spécialement envie de raconter, je n'expliquerai pas les rêves, ça risque donc de ne pas être spécialement intéressant pour toi, lecteur inconnu. Mais pour toi, lecteur qui est mon moi du futur, ça restera cool, donc profite !

Nuit du 17 juillet - 11 heures de sommeil

Je suis avec les enfants et mon épouse dans la tour de mon ancien employeur. Nous attendons l'ascenseur pour monter à mon ancien étage. Les ascenseurs ne sont pas les bons mais ça ne me choque pas, ils ressemblent plus à une batterie que j'ai vu la semaine dernière à Rotterdam. Nous en laissons partir un qui est plein et attendons le deuxième. Une queue se forme progressivement devant un mais je conseille à ma chérie d'en choisir un autre qui semble plus proche. Il arrive, nous montons à plusieurs. Je suis à l'emplacement de mon ancien bureau, ma famille a disparu mais je ne m'en inquiète pas.

Comme dans la réalité, le service a déménagé. Les tables, chaises, ordinateurs branchés sur Reuters sont toujours là, ce qui m'étonne, mais tout le reste a disparu. Un type d'une cinquantaine d'année, habillé en gardien, est assis au milieu, dos à la fenêtre. Nous avons une longue discussion, je lui explique comment c'était avant, il me parle du quartier et des nombreuses résidences qui sont dans le coin. Je finis par comprendre que ce lieu est une espèce d'annexe des résidences étudiantes/touristiques des alentours. Je fais le lien avec les résidences des deux premiers étages, qui n'existent pas en vrai mais je confonds avec l'internat à Lyon semble-t-il, et il semble que les services connexes de l'étage soient aussi annexés. Quand la conversation s'épuise, un groupe de touristes japonais débarque. Ils accaparent le gardien et je m'en vais.

Devant la batterie d'ascenseurs, je croise B* B*, la responsable des services voisins du mien. Nous avons fait la même école (avec une trentaine d'années d'écart certes) et elle semble ravie de me recroiser. Nous nous faisons la bise, ce qui n'est jamais arrivé en vrai mais ça me semble naturel dans le rêve, et nous marchons ensemble dehors. Nous parlons d'abord d'une rencontre de l'association des anciens élèves. Pendant ce temps, je prépare ma position si jamais nous discutons de mon licenciement. Je décide d'avoir une ligne assez claire et de lui dire que je ne peux pas spécialement lui parler de la procédure en cours étant donné qu'elle est impliquée puisque je sais qu'elle a participé à une réunion le week-end durant laquelle il a été décidé de me virer. J'espère bien en apprendre plus sur cette réunion par ce biais... Malheureusement, même si je sais que la conversation va finir par dériver là-dessus, elle parle d'autre chose et croise un couple de personnes qu'elle salue et avec lesquelles elle parle un petit moment... C'est l'heure du réveil déclenché par l'appel de mon jeune fils.

Prise de conscience : aucune, malgré quelques indices d'incohérence flagrante. Le seul petit point est peut-être cet aparté que je fais avec moi-même pour anticiper ce que je vais dire tout en sachant que nous allons finalement en parler. Maigre butin !

vendredi 26 juin 2015

Les chips du 29 MAR 87

Une des activités que je préférais quand j'étais petit, c'était d'aller fouiller les décharges publiques avec mon père. On appelait ça "faire les poubelles".

A l'époque, chaque commune possédait sa décharge, souvent un bord de falaise ou un trou dans lequel les habitants venaient benner tout ce qu'ils apportent aujourd'hui à la déchetterie... On y trouvait des trésors. Et pas seulement pour mes yeux d'enfants. Nous ne rentrions jamais bredouille, toujours des objets et appareils parfaitement fonctionnels, à utiliser ou à revendre sur les brocantes, de nouveaux jouets presque neufs et bien sûr pléthore de métaux que nous revendions au ferrailleur...

Et pendant quelques années exista une décharge bien particulière qui était dédiée plus particulièrement à tous les invendus alimentaires des grandes surfaces des environs. L'ambiance y était différente et on n'avait ici que quelques minutes pour fouiller les chargements déchargés par les camions avant que les bulldozers ne les enfouissent afin d'éviter une prolifération de nuisibles qui auraient immanquablement été attirés par une telle manne de nourriture. C'était beaucoup moins pratique pour un enfant de moins de 10 ans : non pas qu'il y ait un grand danger mais il fallait être rapide, se frayer un chemin parmi les autres amateurs de nourriture gratuite, souvent des manouches pas toujours très affables et j'imagine que j'aurais alors été plus un poids qu'autre chose, si bien que je n'y accompagnai mon père qu'une ou deux fois...

Parmi les centaines de kilos de victuailles parfaitement comestibles qu'il rapporta à la maison (fruits et légumes légèrement tallés, conserves cabossées ou à l'étiquette abimée, packs de yaourts dont un était percé, paquets de gâteaux proches de la date de péremption...) se trouva un jour un énorme carton rempli de sachets de chips en portion individuelle se périmant le jour de mon anniversaire.

J'adorais ces chips, principalement pour cette raison, elles étaient trop cool à arborer fièrement la date du 29 MAR 87. Et puis nous ne les consommions jamais à la maison par exemple où maman achetait des sachets plus grands. Nous ne les mangions donc qu'à l'occasion de sorties scolaires et de pique-niques, autant dire pas souvent... A ce rythme, je pense que le stock dura presque dix ans et je me souviens avoir ouvert le dernier paquet avec un brin d'émotion, probablement autour de 1995... Elles étaient toujours bonnes, cela faisait bien quelques années qu'elles avaient perdu leur craquant mais franchement, pas de raison de les jeter.

Et puis, le monde évoluant comme il évolue, des normes de sécurité se sont invitées, la décharge a été fermée au public pour des raisons "d'hygiène et sécurité"... Et oui, les gens sont des irresponsables incapables d'assumer leurs actes c'est bien connu. Alors un technocrate quelconque s'est dit un jour qu'il ne voulait pas prendre le risque de voir un scandale le rattraper si quelqu'un s'intoxiquait avec ce qu'il avait ramassé là-bas, ou même se faisait écraser par un bulldozer parce qu'il a voulu rattraper une boîte de sauce tomate. Oui, les joies de la judiciarisation de notre société... Il faudrait que je mette un mot sur ce phénomène dans mon article sur ce que j'aime/n'aime pas.
Au final, depuis, les invendus sont largement détruits au lieu de profiter aux récupérateurs. Et ça arrange sans doute de quelconques lobbies qui ont surement fait voter ces lois, même si la tendance actuelle est de nouveau à la récupération par des associations, etc.

Bref, trêve de considérations politico-philosophiques. Je terminerai plutôt en disant que j'y pense encore, de temps en temps, et particulièrement quand mes collègues s'inquiètent de voir la DLC de leur compote ou de leur yaourt dépassée de deux jours... Dans la cuisine, baignant dans les conversations superficielles qui s'en suivent immanquablement, je souris doucement en imaginant leur tête s'ils avaient goûté mes petites chips du 29 mars périmées depuis 8 ans qui m'évoquaient un anniversaire trop lointain pour que je n'en garde aucun autre souvenir...

vendredi 19 juin 2015

La gloire de mon père

En voyageant intérieurement dans mon passé et mes souvenirs, je me suis rappelé d'un moment pittoresque que je m'en vais vous conter.

J'avais huit ou neuf ans et, comme chaque année, les deux classes (SE+CP+CE1 - CE2+CM1+CM2) qui composaient l'école primaire où je suivais mon cours moyen participaient à une réunion sportive et festive entre les différentes écoles communales du canton.

Cette sortie annuelle était un véritable évènement dans ma vie d'enfant : la journée commencerait par une longue marche (4 km quand même) pour nous rendre sur la grande esplanade qui servait de stade aux 5 ou 6 écoles présentes. Puis on s'affronterait dans tout un tas d'épreuves d'adresse ou de vitesse, on mangerait un pique-nique soigneusement rangé dans notre petit sac à dos. Je pouvais être sûr d'avoir un paquet individuel de chips se périmant le jour de mon anniversaire (on en parle ici) que j'adorais... Et la journée se terminerait par divers ateliers autour des instituteurs : histoires, travaux manuels ou encore chansons accompagnées de la guitare de ce maître à qui il manquait un doigt... Enfin, ce serait le retour, long et épuisant et la longue queue devant le robinet de la cour de l'école pour nous désaltérer après un tel effort... Un peu angoissante parce que je ne savais pas très bien boire au robinet et qu'il y avait un vrai risque de se retrouver complètement trempé (gaugé en VO).

Mais cette année-là, un autre évènement a rendu cette sortie encore plus inoubliable. Nous étions à la fin des années 80, en pleine épidémie de rage dans l'est de la France et, sans parler de psychose, une certaine prudence s'imposait en cas de balade dans la nature. Or, sur le trajet de notre groupe en direction des olympiades se trouvait un petit bois qu'habitaient notamment des blaireaux et des renards, potentiellement infectés par le virus et menaçant pour un groupe d'enfants sans défense. Notre instituteur appliqua donc un principe de précaution (ou les recommandations de l'académie ?) et demanda à mon père, le garde-chasse du secteur, de bien vouloir nous escorter dans la traversée redoutée.

Alors que nous sortions du lotissement et progressions joyeusement sur le chemin de terre qui grimpait jusqu'au fameux petit bois, sous le soleil de juin, nous commençâmes à l'apercevoir au loin. Peu à peu se dessinait sa silhouette rassurante. Il était équipé de tous les accessoires qui firent immédiatement forte impression à tous mes camarades : un képi, des rangers, un uniforme vert sur lequel la plaque traditionnelle des gardes-chasse était accrochée et surtout, bien sûr, un ceinturon supportant le 357 Magnum de service qui assurait notre protection contre l'infection de la rage... Et ouais, c'était mon papa, nous n'avions rien à craindre, c'était lui le meilleur tireur de tout le département !

Malheureusement, comme on pourra s'en douter, aucune horde de renards ne nous attaqua durant la centaine de mètres de notre bruyant périple en sous-bois, et ma fierté déjà exacerbée ne put s'enorgueillir d'avantage de la démonstration de puissance du 357, dont la moindre détonation aurait arraché des cris à toutes les filles et fait naître des vocations parmi tous mes copains...

Même notre maître nous semblait respectueux devant le déploiement des signes de l'autorité régalienne ainsi mobilisées pour notre sécurité... Durant ma petite enfance, c'est sans doute le moment où j'ai ressenti le plus d'orgueil grâce à la profession de mon père, et de joie de pouvoir partager ce qui était mon quotidien mais paraissait extraordinaire aux yeux de tous. J'ai bien parlé ici d'orgueil et pas de fierté, car il y a de très nombreuses autres occasions où j'ai été fier de mes parents, grâce à leurs actes ou à leurs comportements exemplaires. Ici, honnêtement, la mission du garde n'était pas des plus périlleuses et il a eu bien d'autres occasions d'illustrer son courage et ses talents, mais l'effet suscité sur ce public si proche de moi et si important à mes yeux d'enfants m'a vraiment permis de ressentir un sentiment très comparable à celui que Marcel Pagnol décrit dans "La Gloire de mon Père"...

vendredi 12 juin 2015

Quelques pensées sur l'Eurovision

Il m'est arrivé de regarder le grand concours de la chanson européenne... L'Eurovision ! Déjà dans ma jeunesse, le côté kitsch de cette manifestation me plaisait beaucoup. Et puis la musique de l'hymne européen, mythique...

Malheureusement, le système de vote est un peu problématique ce qui provoque de flagrantes injustices quand vient le moment de désigner les lauréats. En effet, si le fait que chaque pays participant soit également pondéré est à la rigueur défendable, un problème qui ressort souvent est le poids des diasporas et autres affinités géographiques dans la répartition des voix : au moment des décomptes, je bluffe systématiquement mon entourage en prévoyant, ô surprise, que l'Estonie va placer la Russie en première position ou que la chanson turque sera sur le podium allemand...

Un autre aspect que je trouve dommage, c'est que pour s'attirer les faveurs du plus grand nombre, de nombreux pays choisissent une certaine standardisation, par l'emploi presque systématique de l'anglais par exemple, ou le recours à des shows de plus en plus exubérants, reléguant la performance musicale au second plan.

Récemment, j'ai revu des images des concours originaux de l'Eurovision, dans les années 50-60. Un seul orchestre, un seul micro, les mêmes conditions pour tout le monde. Un peu comme les épreuves de voile olympique où les bateaux sont tous identiques. Une chanson et on vote, point. Je pense que pour l'intérêt du concours, on devrait revenir à un modèle de ce genre. Et si on pouvait en plus remettre tout le monde sur un pied d'égalité en rendant obligatoire l'emploi de sa langue nationale, ce serait idéal. Évidemment, les britanniques sembleraient avantagés, mais bon, comme personne en Europe ne peut les sentir, l'utilisation de l'anglais ne serait qu'une maigre compensation d'un handicap bien plus important...

J'aimerais terminer ces petites pensées en revenant sur le concours de 2009. Cette année-là, la France, lassée de connaître des résultats désastreux, fit appel à la chanteuse la plus reconnue à l'international et particulièrement en Russie où était organisé le concours. Une star, une diva : Patricia Kaas. Adorée dans toute l'Europe de l'Est, considérée en Allemagne comme une enfant du pays, Patricia avait toute les chances de l'emporter face à des concurrents évidemment beaucoup moins connus qu'elle.
Mais là, alors que tout semblait sourire, est intervenue une décision parfaitement incompréhensible, inexplicable : le choix de la chanson : "Et s'il fallait le faire". Certes, on pourra argumenter que cette chanson avait été plébiscitée par les internautes pour être en première position de son album, mais franchement, je pense qu'on ne pouvait en trouver de plus inadaptée pour le concours de l'Eurovision : c'est une chanson très lente, triste et surtout qui ne permet pas à Patricia Kaas d'exprimer pleinement son talent et de mettre en évidence sa voix extraordinaire... Et puis la mise en scène minimaliste, Patricia seule en noire devant un micro fixe quand on sait la bête de scène en laquelle elle peut se transformer... C'était tellement triste et frustrant de sentir le public qui avait envie de s'enflammer mais qui n'en a pas eu l'opportunité. Quel gâchis...

Et malgré tout, Patricia a réussi à finir 8ème, le meilleur classement depuis très longtemps, avec des votes positifs reçus de la part de 25 pays et une deuxième place pour les Russes... Avec une chanson plus entraînante et permettant à Patricia de libérer sa voix, c'était le podium assuré...

mercredi 27 mai 2015

Isabelle Kocher aux Matins HEC

Petite prise de note à propos de l'intervention, tôt ce matin, de celle qui devrait bientôt devenir PDG d'Engie.

  • Il y a trop de liquidités dans le marché qui génèrent des bulles
  • "Le siège social d'Engie est en France et va y rester" (bon, ça on s'en fout un peu, mais je pourrai le ressortir si jamais ils délocalisent dans les deux-trois ans)
  • Une formule qui a bien marché : alors que le groupe passaient des provisions/dépréciations exceptionnelles (impairments) de 15 GEUR, l'équipe dirigeante avait déclaré : "nous avons déprécié le monde ancien..." Comme quoi, la finance peut aussi être marketing !
  • Une idée forte sur l'avenir de l'énergie : on va vers la décentralisation des réseaux, avec l'émergence de petites structures, autonomes grâce aux énergies renouvelables (surtout solaire en lequel elle croit beaucoup) et même l'intégration de la production d'énergie aux objets avec les nouvelles technologies qui permettent de fabriquer des capteurs miniaturisés et sans silicium. L'Inde, qui doute de sa capacité à créer de grands réseaux centralisés, parle de "prosumers" pour qualifier ces producteurs-consommateurs d'énergie, et on assiste en Afrique à une révolution similaire à celle des télécoms où le mobile s'est imposé sans passer par l'étape de mise en place de réseaux fixes et coûteux.
  • Cette révolution ne peut se faire sans la capacité d'innovation des start-ups. Mais, plutôt que d'essayer de les concurrencer, Engie sait que les grands groupes sont incontournables et ils investissent quand nécessaire, principalement dans les énergies considérées comme cruciales et qu'ils ne trouveront pas en mode ouvert.
  • Les centrales au gaz non fermées sont mises en sommeil. C'est un enjeu important car ce sont les seules capables de redémarrer presque instantanément (1/4 h) contrairement aux autres centrales thermiques et nucléaires.
  • Un bon manager doit avant tout développer les personnes car il faut, telle une image fractale, que tous les niveaux de l'organisation s'approprient la stratégie de l'entreprise et aient la capacité de s'adapter rapidement aux signaux faibles reçus localement. L'autre qualité important est d'ailleurs la faculté à analyser et comprendre ces signaux.
  • La tonne de carbone coûte aujourd'hui 5€ en Europe, il faudrait arriver à 30-40 € pour que cela commence à avoir un impact, avec un prix mondial qu'elle appelle de ses vœux. Après, il faut avouer que je n'ai pas saisi tous les enjeux stratégiques vitaux derrière ce dernier point, mais c'est pour ça qu'elle est (bientôt) PdG et que moi je ne suis qu'un auditeur à l'affût des miettes de connaissance et de sagesse qu'elle veut bien partager...

samedi 16 mai 2015

Le perce-oreille

Au détour d'un zapping, Karambolage sur Arte. J'aime bien Karambolage, c'est marrant cette manière de comparer deux cultures, ça mériterait d'être produit pour plus de couples de pays... Mais bon, j'imagine que si ça marchait ça aurait été fait, donc ça ne doit surement pas faire un carton.

Bref, dans l'émission en question, l'étude d'un mot, allemand cette fois, Ohrwurm.C'est un mot qui désigne cette petite bestiole qui ressemble à un gros cloportre jaunâtre avec un pince à l'extrémité de l'abdomen : le perce-oreille.

Si ce mot était mis à l'honneur, c'est d'abord parce que c'est ainsi que nos voisins désignent une chanson qui reste de façon entêtante dans notre esprit durant plusieurs heures, voir des jours entiers. Pas vraiment d'expression en français pour traduire ce phénomène courant... Je tenterais "rengaine entêtante" sans grande conviction.

Mais ce qui m'a intéressé, c'est l'explication étymologique du nom perce-oreille (et en allemand, littéralement "vers d'oreille"). D'abord, notons que dans toutes les cultures et toutes les appellations régionales par exemple, la notion d'oreille revient, pas forcément le fait de percer ou de pincer... Ainsi, le nom latin, forticula auricularia y fait également référence. Arte l'explique par le fait que dès l'Antiquité, on le réduisait en poudre pour en faire un médicament contre certains maux d'oreille. La notion d'oreille serait ainsi apparu dans le nom de la bête avant que l'usage médical ne tombe en désuétude...

La croyance populaire a alors inventé une explication pour expliquer le nom de la bestiole. En vrac : cet animal qui aime se cacher durant le jour dans toute sorte de trous pourrait rentrer dans les oreilles des dormeurs et causer des lésions à leur oreille interne (ou même pour les allemands pénétrer dans le cerveau pour y causer des troubles, d'où l'analogie avec la rengaine entêtante). Il peut également être accusé de percer les oreilles avec ses pinces qui peuvent vaguement faire penser à celles utilisées pour ouvrir la voie aux piercings. Ou même de manière un peu plus élaborée, vu sur Wikipédia, son nom viendrait du fait qu'on les retrouve souvent au cœur des fruits à noyaux très mûrs et, sachant que les quartiers d'abricot et de pêche sont appelés des oreilles ou des oreillons, le nom de perce-oreilles serait ainsi resté...

Je peux aisément comprendre comment ce genre de légendes idiotes peut se propager. Suite aux explications de ma mère, enfant, je croyais que ces insectes étaient obnubilés par l'idée de nous trouer les oreilles et mon frère et moi étions très effrayés par cette éventualité. Je me souviens même avoir raconté que j'en avais vu un sur l'épaule de mon frère, pince dressée vers le lobe de son oreille, prêt à s'y accrocher avec vigueur. Le pire est que j'ai encore l'image en tête de cette scène, que j'ai sans aucun doute inventé de toute pièce !