mercredi 11 septembre 2019

Prendre sa retraite

Oui, il peut sembler bizarre de trouver cet objectif, "Prendre sa retraite", dans une liste de rêves à réaliser... En tout cas, après avoir lu plusieurs de ces listes (ça semble très à la mode aux States, ils appellent ça bucket list les ricains... Hum ? Comme si c'était un seau de poulet frit dont on pouvait tirer une aile ou une cuisse au hasard ? Non, je vois pas...) [note de relecture, cet aparté au KFC n'est que le premier d'une longue série rendant cet article vraiment pénible. Non mais vraiment, je ne sais pas ce que j'ai ce soir, mais j'ai envie de tartiner dans les parenthèses... La preuve, je finis même pas mettre des notes de relecture dans des crochets en italique... Illisible vous dis-je...], bref, j'en ai lu un paquet donc, et je n'ai jamais vu ailleurs cet objectif. Même dans la bucket list d'Annette, une californienne qui a une impressionnante liste de 1137 trucs à faire dans sa vie, dont quand même visiter la route du Comté (!), on ne trouve pas l'idée de prendre sa retraite ! Alors, quand je vous le dis que c'est pas banal...

J'imagine qu'on peut commencer par se dire que prendre sa retraite n'est guère qu'une question de patience et d'un peu de chance. Tout le monde y arrive tranquillement, grosso modo entre 60 et 65 ans si y'a pas de pépin, n'est-ce pas ? Et bien non, je ne suis pas d'accord. Je ne l'ai jamais été je crois. Je ne vois pas de raison de suivre gentiment les règles qui nous poussent à trimer toutes nos belles années pour avoir enfin du temps libre quand on ne sera plus en état d'en profiter... Si jamais on a la chance d'y arriver. Parce qu'on en connaît tous des mecs qui sont cannés moins d'un an après leur pot de départ... Moi, c'était un collègue de papa qui s'appelait Totoche, vieux garçon avec pas mal de sous, pan, à peine 6 mois de retraite, super ! Parce que je peux vous dire qu'il ne s'était pas éclaté en bossant le pauvre...

Donc l'idée, vous l'avez compris, c'est de prendre sa retraite le plus tôt possible. Si peu de personnes le citent spontanément comme un objectif, en fait, l'immense majorité en rêve... L'idée de gagner au loto, c'est juste pour pouvoir ne plus avoir à se lever chaque matin, avec un crétin de chef à contenter et des imbéciles de collègues à supporter. Non pas qu'ils ne le feraient pas, mais ce qui change tout, c'est d'avoir la liberté de ne pas le faire.

Tout petit déjà, vous vous en souvenez si vous êtes un lecteur assidu (non, je déconne y'en n'a pas, j'écris pour mon moi du futur (hey, salut vieux, tu rajeunis pas...) et les quelques proches que ça intéresse ou que ça intéressera, bisous chérie, salut Gus, coucou les enfants !), sinon je vous mets un lien parce que je suis cool : je déclarais vouloir être trader, certes, mais j'avais également découvert dans la littérature du XIXème siècle une occupation qui semblait courante à l'époque et qui avait l'air trop cool : rentier. J'avais demandé à maman de m'expliquer ce que c'était et comment le devenir, mais il semblait que les parents n'avaient pas vraiment fait ce qu'ils fallait pour que je puisse envisager cette carrière dès mon entrée dans la vie active. Alors, je me suis plutôt tourné vers trader, qui n'était pas vraiment incompatible d'ailleurs puisque l'idée restait d'accumuler le plus vite possible de quoi assurer ses vieux jours.

Car, enfin, nous y arrivons. Quel est le secret pour réaliser ce rêve commun à toute l'humanité ? C'est bien simple, il "suffit" de gagner et de mettre de côté assez pour être certain de ne jamais manquer. Ça parait tout bête mais ça donne incessamment lieu à d'interminables et stériles débats entre collègues ou en famille à l'occasion de toutes les super-cagnottes du loto par exemple. De combien a-t-on besoin pour s'arrêter ? Certains avancent des chiffres (1 million, 2 millions, 5 millions), qu'ils reculeront le jour où ils y arriveront (mais en général ils n'y arriveront pas), d'autres expliquent qu'il n'est pas possible de prendre le risque, car il peut y avoir de l'inflation, des krachs boursiers, des dépenses imprévues, des baisses de rendement, des spoliations... Ces derniers n'ont pas tort. Il y a plein de paramètres impossibles à contrôler ni à anticiper qui font qu'il est en général plus prudent de ne pas arrêter de bosser. En tout cas, ça donne une bonne excuse pour ne pas essayer.

Car le nœud du problème est là, pour accumuler assez et s'arrêter vraiment, il faut trouver la conjonction de deux traits de caractère difficilement compatibles : il faut être économe mais pas avare. Il faut passer son temps et son énergie à accumuler, à économiser, gratter partout, résister à toutes les tentations de dépenses qui nous sollicitent chaque jour dans le seul but de faire monter le plus vite possible son magot... Mais pour autant, il ne faut pas perdre de vue l'objectif, qui n'est pas la richesse, ni le pouvoir, mais bel et bien la soif de liberté. Et à un moment, quand l'objectif est en vue, il faut savoir renoncer au statut social, au salaire qui ferait encore augmenter le trésor, à la petite voix qui dit : "encore une année ou deux et là on sera tranquille, au cas où"... Parce qu'elle ne s'éteindra jamais, il y aura toujours une bonne raison de continuer à bosser, alors qu'on a beau nous raconter toutes les fables qu'on veut sur l'épanouissement par le travail, la vraie vie, elle est ailleurs.

Des gens qui pourraient prendre leur retraite anticipée, y'en a un paquet. Mais ils ne le veulent pas vraiment. Ils ne s'en donnent pas les moyens... Soit ils dépensent leur argent quand ils le gagnent parce qu'ils préfèrent en profiter maintenant et que le sacrifice de se priver aujourd'hui ne vaut pas à leurs yeux la récompense d'être libre plus tard. Soit ils sont dans une autre dépendance, celle de la spirale de l'envie et de l'orgueil, qui fait qu'il faut être le plus riche, le plus puissant, avec le meilleur job dans la meilleur boite et posséder tout ce qui montre qu'on a "réussi". Mais c'est évidemment sans fin, on trouvera toujours plus riche que soit ou alors on ne pourra jamais renoncer à ce "statut social" qu'on a acquis, à toute cette "reconnaissance" qu'est en fait la jalousie des autres... On veux être envié autant qu'on envie ou qu'on hait parfois les plus "nantis". Bref, dans un cas comme dans l'autre, pas de réelle volonté de sortir du rang, de faire l'original et de se déclarer retraité à 40 ans.

Bon, cet article, beaucoup trop long (heureusement que personne ne le lit finalement) a dérivé bien loin de la tonalité que je voulais lui donner. Il est devenu philosophico-moralisateur alors que je pensais qu'il serait plutôt technique et pratique. Revenons aux bases : quand est-ce qu'on arrête ? On pourrait penser qu'il faut un savant calcul d'actualisation de flux de capitaux prenant en compte la rentabilité du patrimoine et divers facteurs d'érosion monétaire comme des pondérations de risques et d'inflation... Ouais, ça marche surement. Mais c'est compliqué à faire pour le béotien (l'emploi de ce terme, devant un aréopage de lecteurs exigeants est un clin d’œil à une petite maligne qui se reconnaîtra, encore une victoire de Jason, bêêêêhh  !), et puis c'est tellement sujet à plein d'hypothèses hasardeuses que c'est toujours plus ou moins foireux.

J'utilise donc la règle ultra-simple suivante : on peut s'arrêter quand on a devant soi 25 années de dépenses au rythme actuel. Et puis ensuite, on fait le point et on réactualise tous les ans. Ça permet d'ajuster avec d'éventuels revenus ou dépenses non prévus, de prendre en compte l'inflation réelle, sans être pris au dépourvu. Puis il faut ajuster, si on sort de cette zone de confort (qui correspond aux 25 ans qu'on aura au mieux vivre quand on sera vraiment plus bon à rien sur le marché de l'emploi, disons de 65 à 90 ans, parce qu'on est optimiste), il convient de faire baisser ses dépenses ou alors d'augmenter ses revenus, quitte à imaginer rebosser quelques années après 15 ans de "retraite".

Mais imaginons qu'on canne comme Totoche à 60 berges, on sera toujours bien content de les avoir pris par anticipation ces 15 ans de retraite, non ?

dimanche 3 février 2019

Checklist pour valise

Typiquement, ce qu'on aime trouver dans sa mémoire externe est la check-list ultime pour boucler sa valise et, enfin, ne plus jamais rien oublier...

La mienne était jusqu'à présent tranquillement dans les notes de mon téléphone... Mais pourquoi ne pas la partager ? Déjà elle sera sauvegardé à part, ce qui n'est pas plus mal et puis, qui sait, peut-être servira-t-elle un jour à quelqu'un qui, grâce à l'acte de partage altruiste et désintéressé que je suis en train de réaliser, n'oubliera pas les piles de son appareil photo... Et ça, c'est beau. La voici donc :

Slips
Chaussettes (ne riez pas, je les ai oublié pour des vacances d'une semaine de rando une fois... Je ne le conseille pas. Vraiment pas. C'est un peu comme une longue soirée raclette)
Chaussures
T-shirts
Short
Pantalons
Pulls
Pyjama

Chargeurs + multiprise / adaptateur
Appareil photo+piles
Passeport, billets, livrets de famille
Carte d'essence
Chaussons
Rasoir
Peigne
Coupe-ongles
Cure-oreilles (parce que oui, je n'utilise plus de coton-tiges depuis des années, ça mériterait un article d'ailleurs...)
Brosse à dents
Boules Quiès
Mouchoirs

Anti-histaminiques
Doliprane
Immodium
PO12
Papier toilettes

Bottes
Gants/bonnet
Maillot bain
K-Way/parapluie
Crème solaire
Lunettes de soleil
Casquette
Oreiller de voyage
Eau/encas pour le voyage
Oreiller

Lecture
Tablette
Écouteurs
Détecteur
Matériel de géologie
Numismatique (balance, aimant, œilleton)
Jumelles
Trucs pour la famille (cadeaux, jeux, poids)
Ventes eBay (dont celles des enfants)
Audio pour le voyage
Lumière automatique / volets
"Lessive"
Masques
Couper le micro-ondes, allumer la ventilation

Évidemment, à adapter selon les circonstances, on s'est bien compris... On a rarement besoin d'un bonnet en laine et d'un maillot de bain pour le même séjour.

lundi 31 décembre 2018

Patte de chat (compétence de prêtre niveau 13)

Dans ma liste de choses que j'aime que vous pourrez retrouver facilement en cliquant tranquillement sur le lien le plus long et le plus lourdement introduit de ce misérable blog, apparaît le légèrement hermétique point suivant : "Rattraper par réflexe quelque chose que je viens de faire tomber avant que cela ne touche le sol".

À l'occasion des fêtes de fin d'année, laissez-moi développer et expliciter. Enfin, je dis "laissez-moi", mais même si vous n'êtes pas d'accord, ce sont mes mémoires externes, j'y écris bien ce que je veux. Et si je prétends profiter des fêtes de fin d'année pour développer ce point, ça vous plaît, ça ne vous plaît pas, on va y aller quand même, hein ? D'ailleurs, j'entends d'ici une autre remarque, qui se croit plus maligne, lentement s'élever, sûre de sa supériorité, pour surpasser la simple opposition au développement ci-dessus annoncé... Elle s'exprime ainsi : "oui, euh, tout ça, euh... D'abord, c'est quoi le rapport entre les fêtes, euh, le fait de rattraper un truc qui tombe, euh, et le titre du billet, tout ça ! Pan !" Ce à quoi, toujours maître chez moi et dans mes mémoires aussi externes soient-elles, je réponds derechef : "Petit un, chère remarque, ta tentative d'imitation de Coluche est aussi grotesque qu'inappropriée à l'écrit. Paf ! Et de petit deux, on y arrive."

Il serait temps me direz-vous. Certes, mais si vous voulez vraiment qu'on y arrive, va falloir un peu fermer votre gueule que je puisse avancer. Ouais... Complètement, ah bon...
Reprenons, à l'occasion des fêtes de fin d'année, en visite familiale, voici-t-y pas que mon frère Marcel, dont nous avons déjà parlé notamment à l'occasion de son mariage, exécute avec brio ce geste jubilatoire (il me semble sur un bouchon de biberon qui s'échappait de la table du salon et se dirigeait tranquillou vers le carrelage avec l'insouciance que procure à tout objet qui choit la certitude qu'aucune force ne surpasse celle de la pesanteur). Et, juste après avoir arraché en une fraction de seconde l'insouciant objet à ses confortables 9.81 m.s-2 d'accélération verticale, il salue son exploit d'une remarque tout à fait appropriée : "Patte de chat, compétence de prêtre niveau 13"... Bim, un bon kiff de fait. Le veinard. Ça fait bien quelques mois que ça ne m'est pas arrivé. Je m'en souviens encore, un stylo cylindrique qui roule jusqu'au bord du bureau, en tombe, et que j'ai parfaitement récupéré par le haut, en propulsant ma main vers bas plus rapidement que sa chute, et en le saisissant d'un geste alerte et sûr assez comparable à celui qu'on emploie pour attraper les mouches. Sensation de toute-puissance, de maîtrise de son corps et des éléments, de lecture parfaite des trajectoires... On est un peu Néo dans Matrix, ou un guerrier Jedi.

Et la patte de chat dans tout ça ? Il est nécessaire de fouiller dans les tréfonds de Google pour obtenir la réponse. Et je salue bien bas tout lecteur qui aurait saisi spontanément, car je crois que la référence est vraiment obscure. Après diverses recherches, on obtient en effet ce lien tout à fait extraordinaire : https://docplayer.fr/55622198-Les-terres-de-legende.html dans lequel les règles d'un vieux jeu de rôle, tout à fait complet et fascinant, sont reprises, agrémentées d'une partie des illustrations d'époque... Nous avons passé des centaines d'heures à jouer les scénarios, imaginer des mondes et des aventures pour nos héros virtuels : Périem le noble chevalier, Maëlstrom le magicien, un barbare dont je ne peux révéler le nom sans compromettre l'identité d'une célébrité de ce blog, Kandji le prêtre et Kandjadar le seigneur de guerre, etc. Le tout bénéficiant d'un suivi informatisé (fait maison, mes premiers pas sur Excel...) des progressions de compétence et d'équipement avec une petite dose de mauvaise foi qui en faisaient de fait des demi-dieux immortels et surpuissants. Et on y retrouve en page 264 la description de la compétence suivante, théoriquement réservée à la classe des seigneurs de guerre mais que nous avions autorisée à notre prêtre au prix sans doute d'une petite adaptation des règles...

Patte de chat
Ce talent permet de détourner ou d'attraper en plein vol les flèches. Cette action nécessite une concentration absolue et le seigneur de la guerre ne peut y avoir recours en plein combat ou s'il possède des sortilèges en action. Il oppose sa Parade à l'Attaque de l'archer comme s'il s'agissait d'un affrontement au corps à corps, si ce n'est qu'il est tenu compte des modifications dues à la distance, la lumière, etc. (voir le chapitre « Règles des Combats » du Livre des Règles). Le seigneur de la guerre répartit son total de Parade, s'il est la cible de plusieurs flèches en un seul Assaut. Le seigneur de la guerre ne peut exercer ce talent que s'il voit le missile partir. La vitesse de cette intervention permet d'arrêter tous les projectiles à l'exception des carreaux d'arbalète.

mardi 20 novembre 2018

De l'écologie de voyager en bateau

Pour les donneurs de leçon et autres casse-pieds qui sont capables de nous gonfler à calculer l'empreinte carbone de l'apéro auquel ils sont invités... "Et non, y'a pas de fruits de saison, et oui, ce sont des cacahuètes et pas des noisettes de la région dans cette coupelle..." Et qui, pour leurs vacances, font une croisière parce qu'on est plus prêt des vrais gens, et puis le bateau ça a l'air vachement plus éco-responsable que l'avion...

Ça en a l'air, mais ça n'en a pas la chanson comme dirait maman. Ci-joint un article du Canard enchaîné éloquent, à garder sous le coude et citer au bon moment pour démolir leur argumentaire de présupposés bidons et leur bonne conscience suintante d'individualisme refoulé qu'ils ont l'impudeur de brandir en étendard moralisateur à l'encontre du premier consommateur d'entrecôtes croisé.

Le chiffre choc à ressortir au milieu des noix de cajou : en terme de SOx, NO² et particules, un gros navire équivaut à un million de voitures !

vendredi 16 novembre 2018

Je suis trader

A la traditionnelle question qu'on pose aux enfants à propos de leur avenir : "et toi, qu'est ce que tu veux faire plus tard ?", la réponse que j'apportais a sensiblement varié avec mon âge.
A l'école primaire, mon plus ancien souvenir est que je voulais être vétérinaire, dans un élan altruiste d'amoureux de la nature (et des animaux) assez classique. Puis, je me suis dit que je n'aimais pas la vue du sang et que les études de médecine n'étaient donc pas pour moi...

C'est à cette époque (vers 9-10 ans) que s'est développé mon intérêt pour la numismatique, couplée à l'acquisition d'un détecteur de métaux par mon père. Cela a fait naître en moi un amour pour l'archéologie (qui ne s'est pas démenti) et une volonté d'exercer dans ce domaine (alternativement archéologue ou numismate). Mon stage de Troisième était dans cette veine (au Musée d'Archéologie local où j'ai pu découvrir effaré des monnaies incroyables endormies dans les réserves), mes premières adhésions associatives aussi (le club de numismatique de ma ville, où mon très jeune âge dépareillait bien au milieu des nombreux papys), jusqu'à mes options au lycée (histoire de l'art en seconde...)

J'ai alors rencontré un archéologue professionnel qui m'a ouvert les yeux sur la réalité du métier, loin du fantasme et plein de tracasseries administratives, coupes budgétaires et magouilles en tout genre autour des fouilles et des découvertes... Voici qui douchait un peu mon enthousiasme, car, il faut bien le dire, la passion est une chose mais j'ambitionnais tout de même de gagner le plus d'argent possible.

Hum, je crois que nous n'allons pas y couper, pour expliquer mon choix de carrière, il va tout de même falloir passer par une une introspection sur un trait de caractère qui me définit assez fortement : mon amour du pognon. D'où ça vient ? De mon éducation bien sûr, et probablement aussi d'un traumatisme d'enfant. Pas tant mon propre traumatisme, parce que je n'ai honnêtement jamais manqué de rien. Mais plutôt du traumatisme de mes parents et même mes grands-parents, qui ont tous trimé toute leur vie pour ne pas être dans la misère, et ça se ressentait à chaque instant. Tout ce que nous faisions ou discutions était centré sur des manières de gagner ou économiser de l'argent, toute activité nouvelle dans la famille était évaluée principalement sur ce critère, toujours. Avec très peu de bagages, sans héritages, c'est toujours grâce au travail et grâce à tout un tas de combines que le patrimoine familial est devenu de plus en plus intéressant. Loin d'être énorme, mais de quoi être bien à l'abri du besoin (grâce notamment à des besoins très limités), et cela constituait, pour toutes les générations, une inaltérable source de fierté.

A la même époque, le gouvernement français a eu la bonne idée de vendre ses fleurons à la population, via de fameuses campagnes de privatisations. Les plus anciennes dont je me souvienne sont apparues quand j'avais 12 ans. J'aidais alors mon père à comprendre les conditions de chaque opération et à passer les ordres dans le bureau de poste local... Et c'était génial, nous gagnions à tous les coups. Les actions étaient vendues à bon prix, avec une demande largement supérieure à l'offre. Sans doute, je pense, parce que le gouvernement ne pouvait pas se permettre de rincer plusieurs millions de petits épargnants qui étaient autant d'électeurs, si bien que nous gagnions des sous vraiment très facilement, en quelques jours, c'était incroyable ! Je me suis donc intéressé très vite au domaine, lisant tout ce que je pouvais sur le sujet, tentant à partir des cours historiques de découvrir des martingales et intuitant seul la notion de marche aléatoire avec mes archives boursières composées de vieilles coupures de journal. Je me suis ensuite intéressé aux IPO (qui ressemblaient bien à des privatisations, surtout à la belle époque de la bulle Internet), ai demandé pour mon quatorzième ou quinzième anniversaire comme cadeau un abonnement à Investir, ai compris que les conseilleurs ne sont pas les payeurs, ai découvert l'absence d'opportunité d'arbitrage en cas de détachement de dividendes ou d'attribution d'actions "gratuites", ai lancé un club d'investissement avec des amis intéressés en classes préparatoires. Bref, je me suis fait sans souffrir à moindre coût et avant même d'être majeur une culture et une expérience financière que beaucoup d'adultes n'auront jamais ou acquerront à la suite d'erreurs coûteuses.

Et au moment de choisir ma voie, un des premiers sacrifices qu'il a fallu faire, à la fin de la seconde, a été de choisir entre la voie scientifique et l'histoire de l'art, incompatibles dans mon lycée. Et, je m'en souviens très bien, dans un magazine du Centre d'Information et d'Orientation, il y avait un comparatif de salaires très complet entre tout un tas de professions. Je suis allé voir "archéologue". Il y était indiqué un bon salaire, bien plus que ce que gagnait mon père, ça c'était cool. J'ai cherché numismate, ça n'apparaissait pas. J'ai fouillé un peu dans les métiers de la finance, j'ai trouvé le métier de trader, qui semblait super et pas trop difficile : c'était ce que je faisais pour m'amuser. J'ai regardé le salaire... Wahou, c'était le plus haut de TOUTE la liste. Plus que les pilotes d'avion, les chirurgiens, des gens qui sauvaient des vies ou avaient la responsabilité du destin de centaines de personnes ! Tout ça pour jouer avec des actions. C'était incroyable, inimaginable, dans un sens incompréhensible mais c'était génial. Le plus bel arbitrage de ma vie qui s'offrait à moi : faire un truc amusant, sans d'autre pression que le stress de perdre de l'argent, pour gagner plus que des mecs qui allaient devoir faire dix ans d'études et avoir la mort de patients sur la conscience... Et à partir de là, c'est ce que j'ai voulu faire. J'ai cherché quelle était la voie conseillée : classes préparatoires puis école d'ingénieur ou de commerce... Hum, on pouvait continuer l'histoire en école de commerce, il fallait abandonner la physique qui était sympa aussi mais l'histoire c'était quand même plus cool. Et puis il y avait de l'économie aussi, ça tombe bien, j'avais suivi par procuration les cours de micro-économie d'une amie qui avait cette option en seconde et ça me plaisait bien. Tout collait, c'est ça que j'allais faire.

Et c'est ça que j'ai fait au final, tout a marché comme selon le plan. Je pense donc que j'ai bien mérité d'inscrire cet objectif dans ma liste de choses à faire avant de mourir et de le cocher avec un sourire satisfait.

mercredi 14 novembre 2018

Connaître 100 poèmes par coeur

Voici un élément un peu atypique de ma liste de choses à faire avant de mourir. Atypique car on ne le retrouve pas dans beaucoup de listes publiées sur Internet, et puis il est un peu bizarre... Quel intérêt de connaître 100 poèmes ?

Comme vous l'aurez compris en voyant cet élément classé dans la partie "Défi et développement personnel", c'est le challenge et l'"exploit" de mémorisation qu'il demande qui m'intéresse. Et plutôt que d'apprendre des choses vraiment inutiles, autant y joindre un petit aspect culturel avec ces poèmes, car on trouve toujours une bonne raison d'en ressortir un de temps en temps, alors c'est cool.

Je mets "exploit" entre guillemets car en fait, je ne suis pas sûr de la difficulté de connaître 100 poèmes. En fait, les chanteurs ou les acteurs apprennent et retiennent des textes très longs, et les champions de la mémorisation sportive arrivent à des prouesses à bases de listes de chiffres, mots, dates, etc. autrement plus impressionnants...

Pour préciser un peu le défi, on va éviter de ne choisir que des poèmes trop simples ou trop courts, en définissant l'objectif comme la connaissance d'au moins 100 textes en vers, qui représente un total de 2000 vers, soit une moyenne sage de 20 vers par poème (un peu plus qu'un sonnet donc). Un challenge additionnel intéressant serait d'en connaître dans un grand nombre de langues différentes...

Voici la liste, régulièrement mise à jour, de ce que je connais déjà, ce que je connais partiellement et ce que j'aimerais apprendre. A compléter bien sûr puisqu'on arrive juste à une grosse moitié de l'objectif...
Il y a pas mal de chansons, c'est tout de même plus simple à retenir, mais on se limitera aux textes un minimum littéraires...

Textes maîtrisés (572 vers, 5 langues) :
  1. La cigale et la fourmi, 1668, Jean de la Fontaine (22)
  2. Le corbeau et le renard, 1668, Jean de la Fontaine (20)
  3. Quand vous serez bien vieille, 1578, Pierre de Ronsard (14)
  4. Heureux qui comme Ulysse, 1558, Joachim du Bellay (14)
  5. La Marseillaise [couplets I, VI, refrain], 1792, Rouget de Lisle (21)
  6. Je vous salue Marie (7)
  7. Surate al-fathia (en arabe) (7)
  8. Les animaux malades de la peste, 1678, Jean de la Fontaine (64)
  9. Les Champs-Élysées, 1969, Gérard Contet (15)
  10. L'Aigle Noir, 1970, Barbara (37)
  11. Ne me quitte pas, 1959, Jacques Brel (30)
  12. Chanson d'automne, 1866, Paul Verlaine (18 vers courts qu'on comptera pour 6...)
  13. Je suis venu te dire que je m'en vais, 1973, Serge Gainsbourg (18)
  14. Chanson d'automne, 1853, Victor Hugo (20)
  15. Le loup et l'agneau, 1668, Jean de la Fontaine (30)
  16. Notre-Père (9, allez, même 10 parce qu'on connait les deux versions)
  17. Poème à Lou, 1914, Guillaume Apollinaire (14)
  18. Quatrain mnémotechnique de π, Anonyme (4)
  19. Horace - Tirade de Camille (IV,5), 1640, Pierre Corneille (22)
  20. God save the queen (hymne du Royaume-Uni, en anglais) [1er couplet] (7)
  21. Le Chanteur, 1978, Daniel Balavoine (35)
  22. Fotsiny, 1974, Georges Andriamanantena dit Rado (en malgache) (18)
  23. En hiver la terre pleure, 1855, Victor Hugo (16)
  24. Le coq et la perle, 1668, Jean de la Fontaine (12)
  25. La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, 1668, Jean de la Fontaine (14)
  26. Les deux mulets, 1668, Jean de la Fontaine (19)
  27. Le nénuphar, 1996, Sophie L. (4)
  28. L'albatros, 1859, Charles Baudelaire (16)
  29. Les conquérants, 1893, José-Maria de Heredia (14)
  30. Sous le pont Mirabeau, 1912, Guillaume Apollinaire (14)
  31. Fratelli d'Italia (en italien) [1er couplet et refrain], 1847, Goffredo Mameli (11)
  32. Le cancre, 1946, Jacques Prévert (17) 
Bonne connaissance mais à rafraîchir (52 vers) :
  1. Vice et versa, 1992, Les Inconnus (34)
  2. Koullouna lil watan, 1925, (hymne libanais, en arabe) (18)
A apprendre (574 vers, 2 langues supplémentaires) :
  1. Ireland's call, 1995, (hymne de l'équipe d'Irlande de rugby, en anglais) (15)
  2. Bajo la lluvia, 1919, Juana de Ibarbourou (en espagnol) (26)
  3. Le Misanthrope - Tirade d'Alceste (I,1), 1666, Molière (27)
  4. Le cimetière marin, 1920, Paul Valéry (144)
  5. Demain, dès l'aube, 1847, Victor Hugo (12)
  6. The Star-Spangled Banner, 1814, (hymne des États-Unis, en anglais) (8)
  7. Flower of Scotland (I,III), 1967, (hymne écossais, en anglais) (18)
  8. Le dormeur du val, 1870, Arthur Rimbaud (14)
  9. Le lièvre et la tortue, 1668, Jean de la Fontaine (35)
  10. Le cri, 1871, Louise Ackermann (52) 
  11. Cyrano de Bergerac - Tirade des nez (I,4), 1897, Edmond Rostand (56)
  12. Le Chant des Partisans, 1943, Joseph Kessel - Maurice Druon (16)
  13. Le renard et le bouc, 1668, Jean de la Fontaine (31)
  14. Tant que mes yeux, 1555, Louise Labé (14)
  15. Le lion et le rat, 1668, Jean de la Fontaine (18)
  16. Le rat des villes et le rat des champs, 1668, Jean de la Fontaine (28)
  17. Le renard et les raisins, 1668, Jean de la Fontaine (8)
  18. Le renard et la cigogne, 1668, Jean de la Fontaine (28)
  19. Die Loreley, 1824, Heinrich Heine (en allemand) (24)

vendredi 9 novembre 2018

Une autre lettre ouverte à Albert Uderzo

Après un premier échec cuisant (mais annoncé) de ma première initiative de communication d'idées aux auteurs des aventures d'Astérix et Obélix, j'avais un peu renoncé à retenter ma chance dans ce domaine.
Pourtant, j'avais toujours cette image issue de mon album préféré, La Zizanie, qui traînait dans mes archives, mais je n'avais jamais pris la peine d'écrire quoi que ce soit à ce sujet, convaincu que la politique ultra-restrictive des Editions Albert et René ne laissaient aucune chance à mon initiative (voir la fin de l'article précédent pour plus de détails).



Bon, mon analyse n'a malheureusement pas changé, mais une très récente publication d'un autre monument de la BD belge a particulièrement attiré mon attention. C'est une réplique qu'on trouve dans le tout dernier Lucky Luke, Un cow-boy à Paris, par Achdé au dessin et Jul au scénario.

Je m'explique.

La planche d'Astérix attirait deux remarques. La première parfaitement formelle et superficielle à propos d'une petite erreur de colorisation. On s'aperçoit en effet que la cape de Brutus varie du bleu au rouge au fil des cases. Bon, rien de bien grave, d'autant plus qu'il me semble avoir lu une édition plus récente où le bug est corrigé. La seconde est plus intéressante : il s'agissait de suggérer une modification dans la réplique de César, remplaçant "Ils ont une potion magique qui les rend invincibles. Et range ce poignard, tu vas te faire mal, imbécile !" par "(...) Et range ce poignard, tu vas finir par tuer quelqu'un, imbécile !", en clin d’œil à la suite de l'Histoire, un grand classique des jeux de mots de Goscinny, qui ferait de plus parfaitement écho au "Et toi aussi, mon fils." de la bulle précédente.



Vous imaginez donc que j'ai été très amusé de retrouver exactement le même genre de référence historique dans cette réplique de l'épicier à Verlaine concernant l'utilisation d'une arme à feu par Rimbaud (qui, dans la vraie vie, sera blessé par balle par Verlaine lors d'une querelle amoureuse)... Bon, en vrai, Rimbaud est blessé en 1873 alors que l'assemblage à Paris de la Statue de la Liberté (le thème de l'album) a eu lieu de 1881 à 1884, mais bon, on peut pardonner ce léger anachronisme...

Alors chers amis de chez Albert et René, plutôt que de laisser la primeur de ce jeu de mots à Lucky Luke, ne croyez vous pas qu'il faudrait rendre à César ce qui lui appartient et améliorer ainsi la prochaine édition de La Zizanie ? Si vous l'avez fait pour la couleur de la cape, on peut bien le faire pour quelques mots dans une bulle, non ?